Dans ce contexte,
Internet joue un rôle central.
Le web, en proposant d’autres façons
d’être, loin des contingences de la réalité, offre la possibilité de vivre
virtuellement ces nouvelles sensations, et même de les réaliser.
La dés-inhibition est à portée d’écran. A travers les chats érotiques et les
sites pornographiques, les fantasmes sont sollicités sans interruption.
Grâce à Internet également, de plus en plus de femmes ont accès à une
pornographie qu’elles n’osent pas encore consommer publiquement.
Cette
influence se retrouve sur la voie publique: les panneaux publicitaires,
les affiches ouvertement érotiques et fantasmatiques se multiplient,
mêlant l’homosexualité au sadomasochisme, en passant par l’amour à
plusieurs. Ajoutons à cela l’absence de repères moraux et la disparition
de la plupart des interdits sexuels liés à la religion et aux traditions :
la liberté d’aller «plus loin» pour satisfaire ses pulsions est devenue
«normale». Et cette liberté très narcissique fait désormais partie des
rêves fondateurs d’un couple.
Mais lorsque ces rêves
s’accomplissent dans la réalité, les contradictions qu’ils recèlent
apparaissent au grand jour.
On voit venir de nombreux conjoints totalement
dépassés par ce qu’ils ont voulu vivre ensemble. L’un des deux, le plus
souvent la femme, est devenu l’objet de l’autre au sein de la relation de
couple, et rien ne va plus. Parfois, c’est la jalousie qui fait violemment
irruption dans le ménage, l’un des conjoints, la femme le plus souvent,
n’ayant pas réalisé à quel point elle se sentirait exclue des sensations
vécues par son époux avec des tiers. « Je ne vois évidemment pas que les
couples pour qui cela n’a pas marché. Certains s’épanouissent
dans ces pratiques. Mais cela exige une grande connaissance de soi et de
l’autre, de ses limites. Peu de gens en sont capables. »
Car, pour pouvoir
vivre cette «liberté», il faut des règles. Les clubs échangistes l’avaient
bien compris. Leurs codes de conduite étaient très stricts. Pour faire
partie d’un club, il fallait connaître un couple membre; les partenaires
étaient ensuite interrogés à tour de rôle pour connaître leurs
motivations. Sur place, les rencontres étaient codifiées : le consentement
de chacun était explicitement requis, les approches se faisaient dans la
douceur, bref, le mot d’ordre était aux bonnes manières. A l’extérieur du
club, les membres ne doivent pas se rencontrer. Ces exigences étaient très
clairement affichées dans la charte des clubs.
Mais ce cadre
extérieur ne suffit pas. Il faut aussi connaître son code «intérieur». Les
couples qui vivent ces expériences comme un enrichissement et une
ouverture savent précisément quels sont leurs fantasmes archaïques et
quels sont ceux de l’autre. Ils peuvent ainsi jouer avec sans perdre de
vue la dimension symbolique du jeu. Par ailleurs, ils intègrent certaines
règles : accepter notamment que tout ne soit pas permis, même s’ils
s’accordent sur le principe de la transgression.