Et si on profitait de l'occasion pour
jouer un peu et prendre une petite revanche ?
Après tout, il n'avait qu'à
pas nous abandonner lâchement pendant les vacances, il n'a que ce qu'il
mérite, on va pouvoir tester le couple qu'on forme et savoir à quel point
il tient à nous. Rien que des bonnes raisons de mentir.
Donc, on dit oui,
alors que c'est non. Ou on dit non, parce que c'est non, mais en faisant
tout pour qu'il entende oui. Vous suivez ?
On prend l'air mystérieuse, un
peu rêveur, on sourit dans le vague, la protestation est aussi molle que
l’oeil est vif. Après tout, c'est plutôt flatteur qu'il nous imagine
tombeuse, en tout cas susceptible d'en séduire au moins un autre que lui.
« Depuis le temps que j'avais l'impression qu'il me considérait comme sa
chose, acquise, j'étais assez satisfaite de son air préoccupé, inquiet
même. Je le sentais déstabilisé, dit Corinne. Tout à coup, les rôles se
renversaient, plus exactement, ils s'égalisaient : d'habitude, c'était
moi qui me demandais si je n'étais pas cocue. Là, je prenais le dessus,
s'il voulait me garder, il fallait qu'il se tienne à carreau. »
Oui, ça peut lui faire du bien à
l'homme propriétaire de réaliser soudain qu'avec vous il n'avait qu'un
droit de bail, pas plus, résiliable sans préavis. Le Pierre de Corinne a
changé du tout au tout : gentil, prévenant, attentif. « Moi qui étais
toujours obligée de réclamer qu'il m'appelle, de poser des questions sur
ce qu'il faisait, ses projets, voilà qu'il s'est mis à me téléphoner
plusieurs fois par jour, j'avais même des messages sur mon répondeur le
soir en rentrant. Et lui, toujours si débordé, programmait des week end à
deux. Le rêve quoi ! »
Si ça marchait comme ça à tous les coups, ce serait
trop simple, on s'inventerait toutes des amants idéaux, pratiques parce
que peu encombrants. Mais mieux vaut le savoir avant de se lancer : «
avouer » une liaison fictive ou laisser planer un doute envahissant est
une entreprise périlleuse et risquée.